L’influence des fournisseurs Cloud sur le marché public

Publié par Anne ANDRIANARIMANANA le

L’influence des fournisseurs Cloud sur le marché public

Le 09 août 2006, Eric Schmidt, alors PDG de Google, énonçait lors de la « Search Engine Strategies Conference » le terme de « Cloud Computing », évoquant ainsi ce que nous connaissons aujourd’hui comme le Software-As-A-Service (SaaS). Ce nouveau modèle ambitieux présentait un concept dans lequel les services de données et les architectures se situeraient au niveau des serveurs eux-mêmes.

Bien que la première référence connue au Cloud remonte à 1996, 2006 restera l’année où les grands acteurs d’aujourd’hui introduisirent une nouvelle gamme basée sur une idée de traitement et de stockage des données novatrice. L’objectif était clair et extrêmement porteur : permettre aux souscripteurs de bénéficier de ressources accessibles à la demande tout en s’adaptant à des besoins évolutifs et ce de manière à la fois flexible, sécurisée et peu onéreuse.

Chaque entreprise allait pouvoir redéfinir sa stratégie de gestion des Systèmes d’Informations par l’externalisation de ses ressources vers un fournisseur en charge d’assurer la disponibilité et la maintenance de ses services. En transformant ses dépenses d’investissement (CAPEX), dépréciatifs et souvent sous-utilisés, en dépenses d’exploitation (OPEX), il lui était désormais possible de se recentrer sur son activité en limitant la complexité de la gouvernance associée à son parc.

George Favaloro, Business Plan Compaq 1996. Ce document est considéré comme étant le premier évoquant le concept du Cloud tel que présenté aujourd’hui.

Cependant, chaque évolution technologique vient avec une série de challenges et de défis à relever : depuis plus de 10 ans les fournisseurs redoublent d’ingéniosité pour conférer au Cloud public les mêmes niveaux de sécurité et de contrôle qu’un client attend de ses environnements de type hybrides et privés.

Aujourd’hui Amazon, Microsoft, Alibaba, Google et autres hébergeurs sont en passe de devenir incontournables pour les entreprises. Comment le Cloud s’est-il imposé comme marché à conquérir et est-il révélateur de la bataille que se livrent les géants du net en 2018 ?

Externalisation vers un provider : des enjeux challengés par de fortes contraintes opérationnelles.

Il est difficile de garantir à la fois simplicité, flexibilité, sécurité et contrôle dans une gamme de services réunis. Le Cloud public recouvre plusieurs points d’attention pour les clients avec notamment des difficultés sur les suivants :

Perte de Contrôle : Externaliser ses ressources dans le but de simplifier leur gestion implique la délégation de certaines activités et donc une perte de contrôle.

Sécurité des Données : Les données sont, sans aucun doute, un des atouts des plus précieux pour une entreprise. Accepter le stockage et le traitement des données de l’entreprise par une entité externe, pouvant également stocker celles de ses concurrents, implique une compréhension exhaustive des risques et enjeux de sécurité entre le fournisseur et le client sur plusieurs niveaux :

  • Sécurité physique et stockage des données
  • Isolement des environnements par rapport aux autres clients et aux équipes du fournisseur.
  • Contraintes de cybersécurité de l’environnement du fournisseur : quels engagements et garanties sont fournis ?
  • Transmission des données : comment les données sont-elles acheminées entre plusieurs entités administratives ?

Options Génériques : Les offres publiques couvrent-elles tous vos besoins ? Si l’offre tend à mutualiser les ressources par la mise à disposition de plusieurs instances vers différents clients (Multi Tenant), il est probable que la flexibilité soit moindre que celle qu’aurait donné une solution de type Single Tenant. Les fournisseurs continuent cependant de délivrer de nouveaux services pour augmenter cette possibilité de contrôle.

Disponibilité des Services : Bien que les SLA promis par les fournisseurs soient attractifs, une perte de service laisse peu d’ouverture au troubleshooting quand le problème se situe chez le provider lui-même. Prenons pour exemple le cas du 28 février 2017, où des sites tels que Slack, Quora ou Trello se sont trouvés indisponibles après une erreur humaine lors d’un debug sur le S3 d’Amazon AWS (https://aws.amazon.com/message/41926/).

Mise en Conformité : Traiter des données confidentielles nécessite une mise en conformité avec les institutions gouvernementales. C’est pourquoi nombre d’entreprises, notamment les institutions financières, continuent de laisser leurs applications sur un Cloud privé on-premise.

Gestion des coûts : Le système « pay-as-you-go », bien qu’adapté aux usages clients amène des problèmes de gestion des coûts où l’anticipation des dépenses d’exploitation est bien souvent non-maitrisée.

Surpasser les limites du Cloud Public

Les challenges évoqués précédemment ont longtemps représenté un frein majeur à l’adoption du Cloud public. L’objectif final reste de créer la confiance indispensable chez les futurs clients et partenaires pour les convaincre de changer de modèle.

Les fournisseurs l’ont bien compris, il était nécessaire de mettre en avant des partenariats clés révélant leur capacité à surmonter ces défis. 

Prenons l’exemple d’AWS qui en 2013, a su ravir un contrat de 600 millions de dollars à IBM après un appel d’offre porteur de la CIA, ou encore l’initiative « Cloud First » lancée par Barack Obama en 2011, ayant permis à Amazon et Microsoft de voir leur solution respective certifiée au plus haut niveau de confiance par le gouvernement américain (FedRAMP).

Cloud First a amené ces deux acteurs à dédier de nouvelles régions pour les besoins fédéraux des États-Unis appelées « Amazon’s Gov Cloud » et « Microsoft’s US Gov ». Cette initiative a permis de faire grimper les parts des 2 hébergeurs durant les 2 années qui ont suivi sa mise en place et démontre l’importance du rayonnement dans l’acquisition de nouvelles parts de marché.

Au regard des besoins de flexibilité évoqués, l’écoute des besoins clients a ouvert de fortes opportunités de croissances, notamment pour Microsoft, qui par son offre Azure a su se rapprocher au plus près de ses clients grâce à ses Enterprise Agreements (EA), là où Amazon et Google ont longtemps misé sur un système de « self-service ».

Notons également que l’ouverture de Microsoft Azure aux solutions VMware est également un exemple typique d’effort en faveur de la flexibilité pour répondre aux besoins business.

Balance Cloud Public / Privé / Hybride en 2018

Rightscale, délivrant des solutions d’administration pour architectures orientées Cloud, a pu quantifier les niveaux de progression des tendances de mise en nuage. Ces tendances sont confirmées par de nombreux autre organismes de conseil et de recherche tels que Gartner Inc.

La flexibilité conférée par le modèle Cloud hybride se traduit une adoption majoritaire par les entreprises. En revanche, la prédominance du Public dans de tels environnements tend à faire penser que le Cloud privé est utilisé pour les cas aux besoin spécifiques, là où les autres applications sont déportées au maximum vers le public.

L’envolée des deux principaux acteurs AWS et Azure leur confère un avantage indéniable sur le plan des solutions proposées. Développer des offres d’hébergement est le fruit de lourds investissements matériels et humains : l’innovation des idées ne suffit plus, les concurrents vont devoir effectuer d’importants efforts pour offrir une réponse aux défis du modèle public équivalents aux géants Amazon et Microsoft.

L’historique à court terme de la bataille des parts de marché montre deux tendances distinctes : la rivalité Azure / AWS, et les autres, peinant à percer dans le secteur.

Nous pouvons affirmer avec certitude qu’avec la consolidation des outils d’automatisation et l’arrivée des systèmes d’Intelligence Artificielle, le monde du Cloud n’en a pas fini de se redéfinir et saura continuer à innover pendant encore de longues années.

Pierre COLLARD

Consultant EVA Group
Catégories : EVATECH