Introduction à la Blockchain

Published by Anne ANDRIANARIMANANA on

Introduction à la Blockchain

La vie en société nous conditionne naturellement à effectuer des transactions. Le troc s’est ainsi imposé jusqu’à l’apparition des premières pièces de monnaie et des unités de compte pour les premières fois en 650 avant JC. Par la suite, la monnaie fiduciaire composée de pièces et billets de banque, est apparue.
Ce nouveau moyen de transaction n’a pas de valeur intrinsèque, celle-ci repose uniquement sur la confiance qu’accordent ses utilisateurs aux institutions tierces qui les émettent.

Dans l’innovation technologique, cette notion de confiance va peu à peu s’affranchir de la présence indispensable d’un tiers grâce aux progrès de la cryptographie et à l’apparition des architectures informatiques distribuées, stables et sécurisées.
C’est dans cette optique que s’inscrit la Blockchain, une technologie de stockage et de transmission d’informations fonctionnant sans organe central de contrôle.

La Blockchain : « une chaîne de blocs numériques répartis sur plusieurs nœuds »

Littéralement, une blockchain désigne une chaine de blocs, des conteneurs numériques sur lesquels des informations de nature diverses sont stockées.
L’ensemble de ces blocs est réparti sur plusieurs nœuds et forme une base de données recensant l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création.

Ces informations sont protégées par plusieurs procédés cryptographiques innovants impliquant qu’elles ne peuvent être modifiées par la suite. Aussi, le traitement de ces informations permet également de générer de la crypto-monnaie dont la première est apparue en 2008 : le Bitcoin.

Développée par un inconnu sous le pseudonyme de Natoshi Sakamoto, la technologie Blockchain constitue ainsi l’architecture sous-jacente du Bitcoin. Elle est à distinguer d’une blockchain qui représente l’instance de cette technologie, celle que chaque organisation peut potentiellement déployer.

Propriétés de la Blockchain

L’une des premières propriétés de la Blockchain est la désintermédiation des transactions. En effet, privé du contrôle d’un tiers de confiance, les transactions nécessitent ici la validation de nœuds prédéterminés avant intégration d’un bloc. Chaque nœud, dit « Miner », doit résoudre des problèmes cryptographiques complexes en vue d’arriver à un résultat vérifiable collectivement appelé « Proof of Work ». L’ensemble de ces opérations de validation s’appelle le « Mining » ou minage en français.

Chaque validation, rémunérée en crypto-monnaie, assure ainsi le mécanisme de création de valeur d’une blockchain. En effet, dans le cas de la Blockchain, la puissance de calcul et l’espace d’hébergement sont fournis par les nœuds du réseau eux-mêmes. Les « Miners » allouent ainsi une partie de la puissance de calcul de leur machine personnelle à la résolution des problèmes cryptographiques nécessaires à la validation des transactions. La Blockchain peut ainsi s’avérer financièrement autonome en rétribuant les plateformes qui peuvent ainsi capitaliser sur leurs besoins d’infrastructure.

Enfin, la sécurité des informations stockées, élément crucial du procédé, est assurée d’une part par la cryptographie mais également par l’architecture décentralisée évoquée précédemment. La cryptographie garantit une indissociabilité des blocs en codant tout nouveau bloc à partir du code de celui le précédent dans la chaine de blocs. La modification individuelle d’un bloc est donc rendue impossible. De plus, au sein d’une blockchain, l’architecture décentralisée implique la réplication des blocs sur plusieurs nœuds du réseau de manière à limiter les risques de perte et d’altération des données.

Applications distribuées

La Blockchain s’appuie sur la notion de smart-contract. Il s’agit d’un programme autonome qui exécute automatiquement les conditions et termes d’un contrat, sans nécessiter d’intervention humaine une fois démarré. La présence d’un tiers de confiance n’est à nouveau pas nécessaire, la vérification étant effectuée par la technologie elle-même.

En vue de définir un cadre organisationnel au smart-contract et éliminer l’erreur et l’arbitrage humain, le programme informatique Decentralized Autonomous Organization (DAO) a été développé. Il avait pour but de fournir des règles de gouvernance à une communauté, celles-ci devant être transparentes et immuables car inscrites dans la Blockchain. De plus, le DAO a introduit la notion de « Token » en vue de rémunérer les activités des utilisateurs en plus du minage. Cependant, le 17 juin 2016, la DAO a été victime d’une attaque de grande ampleur qui a conduit à l’arrêt de son développement. Cela a ainsi mis en lumière les défis qui restent à résoudre pour que ce type d’organisation puisse prospérer.

Le cas concret du Bitcoin

La première application et encore la plus connue à ce jour de la Blockchain est le bitcoin. Cette monnaie numérique sans intermédiaire pourra causer demain la disparition d’un certain nombre de métiers bancaires au profit soit d’une automatisation soit d’acteurs fonctionnant sur une blockchain.

A l’instar de la banque, le secteur de l’assurance est l’un des premiers à avoir manifesté son intérêt pour la blockchain. En effet, celle-ci a permis la mise en place de systèmes d’assurance automatisés fondés sur des smart contracts permettant de déterminer si des conditions sont bien remplies pour déclencher un paiement par exemple.

Dans le domaine du luxe, la start-up Everledger créée en 2015, est emblématique des enjeux de traçabilité et de certification. Elle se sert de la blockchain pour combattre la fraude dans le domaine du luxe grâce à l’effet de réseau. Avec une base de données suffisamment développée, si un vendeur n’est pas capable de prouver par preuve cryptographique qu’il possède bien les droits sur le diamant, la valeur du joyau diminuerait considérablement.

Les limites de la Blockchain

La prise en main utilisateur est actuellement complexe, ce qui limite la valeur perçue par celui-ci. À titre d’exemple, la participation à une organisation décentralisée autonome (DAO) ou l’acquisition de tokens implique l’installation d’un ou plusieurs logiciels dédiés, peu ergonomiques, et d’une compréhension préalable des mécanismes de la Blockchain.

Par ailleurs, un flou juridique demeure actuellement autour de la Blockchain, ce qui limite l’adoption de la technologie. L’absence d’une entité centrale de contrôle n’est pas comblée à ce jour par des textes de lois qui régiraient les fondamentaux de la Blockchain. Pour qu’un (smart)-contrat conclu via la Blockchain soit valable, il faudrait une identification de manière certaine des parties soit par une signature électronique « légale » (qui suppose l’intervention d’un tiers de confiance), soit par un autre procédé laissé à l’appréciation d’un juge.

A ce jour, plusieurs projets sont encore à l’étape de prototype sur la Blockchain à l’exception de Bitcoin, et dans une moindre mesure, plusieurs projets sur les blockchains Ethereum et NXT. Il est ainsi difficile d’estimer l’aptitude de la technologie à supporter la montée en charge. Le poids global de la blockchain Bitcoin, aujourd’hui 97 Go, ainsi que le nombre limité de transactions par seconde (8 à l’heure actuelle) sont deux exemples des limites actuelles de la technologie Blockchain (Source : blockchain.info)

Bien que les retombées concrètes de la technologie ne soient pas encore très visibles pour le grand public, de multiples champs d’applications sont explorés et devront se concrétiser dans le futur grâce notamment à la simplification de la prise en main utilisateur et d’un encadrement légal contrôlé.

Vanessa LIKE MEM

Consultante EVA Group
Categories: EVATECH